CHERIF KHEDDAM : l’artiste et le repère
Publié: 24/01/12
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Cherif Kheddam nous quitte après une vie riche, pleine et digne.
Issu d’une famille modeste, il connaîtra l’émigration comme tant de jeunes de sa génération. Réservé, généreux, sensible, il consacra une partie de ses moyens et de son temps à l’étude de la musique dans une période où la diaspora survivait entre violence politique et misère sociale.
Cherif Kheddam affrontera les deux en refusant la fatalité de la soumission coloniale et le destin du paria de l’expatrié. Militant de la fédération de France du FLN, il aura compris très tôt que l’émancipation, la vraie, passe par l’accomplissement de soi à travers ses racines, la maitrise de son quotidien et sa capacité à insérer sa culture dans le monde contemporain.
Dans une période où le statut d’artiste était vécu comme une fonction marginale et à peine tolérée, Cherif Kheddam fera de son art un instrument de libération. C’est le premier à avoir cru à la possibilité de projeter la chanson Kabyle dans la modernité. Autodidacte, il animera avec aisance et autorité les groupes d’étudiants de Ben-Aknoun avec lesquels débutera une longue complicité qui débouchera quelques années sur la rénovation de la chanson kabyle. Il fût longtemps le seul à former de jeunes artistes pour les aider à construire une collectivité nationale où chaque segment de la nation algérienne pouvait trouver sa place, respecter tous les autres et se montrer solidaire de tous.
Dans un milieu où les convoitises, les concurrences ont souvent dégénéré en opposition voire en conflits, Cherif Kheddam a su rester rigoureux et disponible.
Que ce soit dans sa vie d’artiste ou dans son long passage à la radio, rares sont ceux qui l’ont vu, un jour, perdre sa sérénité. Cherif Kheddam fût grand et ordinaire, exceptionnel et proche. Sa longue maladie n’a à aucun moment altéré son humanisme. C’est pour cela qu’au-delà de son immense œuvre, indissociable des valeurs spirituelle et morale qui ont animé sa vie, il restera un repère, lui qui fût le rassembleur et le maître de tant de générations.
Le RCD qui s’honore d’avoir compté Cherif Kheddam parmi ses plus fidèles amis, partage la douleur de sa famille et ses proches.
Alger, le 24 janvier 2012
Le RCD
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