Déclaration préliminaire à la conférence de presse du groupe parlementaire du RCD
Publié: 07/05/12
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Mesdames et Messieurs, amis journalistes, bonjour et merci de votre présence !
Avant de commencer notre succincte intervention bilan, nous tenons à adresser à l’ensemble des journalistes nos salutations les plus chaleureuses au nom de la direction du parti et de l‘ensemble des militants, à l’occasion de la journée internationale de la presse que vous venez de fêter en ce 03 mai 2012. Votre engagement et votre courage feront qu’ensemble nos luttes aboutiront un jour.
En cette fin de mandat de la sixième législature, comme de tradition nous organisons cette conférence de presse, en tant que groupe parlementaire RCD pour débattre et informer l’opinion publique du bilan de notre activité au sein de cette Assemblée, sachant que nous ne prenons pas part à la parodie électorale annoncée pour ce 10 mai alors que d’autres ont choisi d’y concourir sans présenter de bilan ni exposer un quelconque programme.
Issue de la fraude électorale, cette présente législature se termine comme les précédentes en confirmant le rôle de béquille parlementaire de l’exécutif dévolu à l’Assemblée populaire. Mise à mal par une fraude originelle et rédhibitoire et une main mise d’un Exécutif omnipotent et omniscient, le fonctionnement de cette institution-alibi a, constamment, été entachée d’irrégularités et de dérives diverses à l’instar du viol de la Constitution du 12 novembre 2008 qui a permis de réinstaurer la présidence à vie et d’adopter une panoplie de lois aussi iniques que liberticides votées à la hussarde à la fin de sa mandature.
Dans notre pays, l’institution législative n’a eu d’autre mission que celle de valider le gaspillage, l’opacité, la corruption et les détournements qui caractérisent la gestion de la richesse nationale et des affaires publiques. Elle a souvent tourné le dos aux Algériennes et Algériens, spoliés de leurs droits les plus élémentaires, ignorant ainsi sa vocation de représentation de la communauté nationale. C’est de cet abus que tire sa raison d’être la profonde désaffection des citoyens devant les institutions de leur Etat et leur indifférence devant les échéances électorales.
Le RCD ne s’est jamais fait d’illusion sur la volonté et la faculté du parlement à accomplir son rôle d’institution législative, exerçant ses fonctions de contrôle sur le gouvernement. Malgré le risque de fraude nous privant de plus de sièges acquis légitimement, notre Rassemblement a accepté de participer en 1997 et en 2007 à des législatives lorsque le contexte géopolitique régional n’y était pas favorable au changement démocratique et a su assumer, par sa loyauté et son engagement, sa présence dans cette enceinte pour en exploiter la dimension tribunicienne à la seule fin d’alerter nos concitoyens et les partenaires de notre pays sur la mauvaise gouvernance, les abus et la gabegie des gouvernants et l’impunité dont ils jouissent .
Dans ce cadre, le groupe parlementaire du RCD qui s’est toujours voulu, outre son action partisane, comme un porteur inlassable de nouvelles idées et du projet patriotique et fidèle à l’éthique et aux valeurs qui le fondent, a dès l’entame de cette législature pris des mesures visant la réhabilitation de l’action et de l’éthique politiques. Sur ce registre, il convient de relever qu’il a été le seul groupe dont les députés ont formellement renoncé à toute activité professionnelle, libérale ou commerciale pour se consacrer exclusivement à leur mandat et à privilégier le travail de proximité et d’ouvrir des permanences dans leurs circonscriptions en fonction des moyens limités dont ils disposent. De plus, il faut signaler qu’ils payaient régulièrement leurs cotisations au parti prélevées sur leurs salaires et les indemnités et primes afférentes à leurs fonctions.
Sur un plan plus politique, le groupe du RCD a assumé son rôle de force de l’opposition démocratique et, en voulant faire jouer au parlement sa « fonction constitutionnelle » de contrôle et de médiation, n’a eu de cesse de :
- initier, malgré le préalable des vingt signatures exigées, pas moins de quatre demandes de commissions d’enquêtes parlementaires pour éclairer les citoyens et situer les responsabilités de la faillite et de la forfaiture des gouvernants. La première visait à dévoiler les abus et les conditions de traitement des candidatures aux élections locales de novembre 2007 par l’administration du ministère de l’intérieur. La seconde avait trait aux évènements scélérats et criminels de Berriane qui avait poussé le bureau de l’APN à entamer une démarche clandestine et dévoyer l’initiative par l’envoi d’une « commission d’information » sur les lieux dont le rapport est resté, à ce jour, tout aussi clandestin. La troisième portait sur les manifestations populaires en 2008 de Chlef nées du détournement des chalets prévus à l’issue du séisme d’octobre 1980. La quatrième devrait examiner la dilapidation et le vol des pièces archéologiques par les services de la direction de la culture de la wilaya de Skikda qui étaient, restituées par une association activant dans ce domaine. Il va sans dire qu’aucune de ces initiatives n’a pu aboutir ;
- exiger des débats dans la transparence et dénoncer la tutelle de l’exécutif sur le parlement et le recours systémique et récurrent à la législation par voie d’ordonnances durant les intersessions pour éluder les débats sur des dossiers de fond. De même, de nombreuses questions orales et écrites portant sur le refus de reconnaitre les syndicats autonomes, les retraites, la dégradation du pouvoir d’achat des algériens, l’environnement, l’éducation nationale, les incendies connus dans le centre du pays, le dossier des faux moudjahidines, la séquestration des dépouilles des colonels Amirouche et Si El Houas …, sont posées dont une partie est restée à ce jour lettre morte et pour d’autres, lorsque réponse il y a, les réponses sont systématiquement différées à des délais excédant en moyenne trois (3) mois alors que la loi prévoit un mois pour les questions écrites ;
- d’interpeller le président de l’APN sur sa gestion autocratique de la plénière qui avait mené à de graves précédents en censurant des députés qui avaient osé aborder les méfaits des fraudes électorales et de la corruption lors des débats sur le projet de la loi de finances en février 2010. Fait inédit et à valeur pédagogique, cet abus a, d’ailleurs, fait l’objet d’une action judiciaire par devant le Conseil d’Etat contre le président du bureau de l’APN ;
- soulever à chaque session les questions de corruption et de malversations qui ont touché différents départements ministériels (l’agriculture, la culture, les travaux publics, la pêche, l’énergie et les mines, la solidarité) ainsi que l’opacité qui entoure le statut de Sonatrach, les comptes spéciaux du trésor et la gestion du Fonds de régulation des recettes (FRR). L’âpreté de ces interventions a souvent provoqué des tensions et des incidents de séance ayant conduit dans certaines situations à des suspensions de la plénière ;
- réclamer un débat général sur la politique économique et sociale de l’exécutif et ses effets sur la dégradation du pouvoir d’achat, les évènements de janvier 2011 ainsi que sur les dépôts algériens à l’étranger pour éclairer légitimement l’opinion nationale sur les conditionnalités de leurs affectations, de leurs montants et de leurs taux d’intérêt;
- dénoncer et rejeter, seul, la violation de la constitution qui a ouvert la voie à un mandat à vie à l’actuel Chef de l’Etat et à un coup d’Etat commis, un certain 12 novembre, au sein du parlement algérien enfonçant un peu plus le pays dans l’opacité et l’instabilité;
A ce jour, comme indiqué précédemment, ni les différentes demandes de commissions d’enquête, ni les interpellations orales ou écrites qui avoisinent la soixantaine, ni les interventions en plénière n’ont eu le moindre écho ni réponse.
Au début du mois de janvier 2011, le peuple algérien est sorti dans la rue pour exprimer sa colère et son indignation et revendiquer liberté et changement à l’instar des peuples de la région qui s’affranchissent progressivement des despotes qui les ont, longtemps, humiliés et spoliés de leurs ressources.
Le RCD a été l’un des rares partis à être aux côtés de cette jeunesse révoltée, ses parlementaires ont été agressés et de nombreux citoyens injuriés et méprisés sans que le bureau de l’Assemblée ni aucun autre député, malgré nos multiples interpellations, n’ait daigné réagir ou dénoncer la violation de l’immunité parlementaire lors de l’agression subit par les députés de notre parti. C’est dire la vacuité et la déliquescence du rôle assigné par les parrains de l’Algérie officielle à la présente et future Assemblée.
Devant tant d’hérésie et de complicité, pour condamner ce silence et réhabiliter le minimum de crédibilité à la fonction parlementaire, nous avons décidé de suspendre nos activités, une décision avalisée par le conseil national du 03 juin 2011. Le RCD a jugé qu’il ne pouvait plus siéger dans une enceinte qui a sombré dans la servilité et participé au désastre et à la désintégration de la nation.
Les parlementaires du RCD, malgré toutes les tensions, ont prouvé qu’ils peuvent accomplir leurs missions avec dévouement et détermination en honorant la confiance du citoyen car élus démocratiquement et ne devant aucunement leurs places à la fraude comme celle qui est en cours pour ce 10 mai. Les Algériennes et les Algériens, avec la supercherie électorale en cours, sont plus que jamais convaincus que l’espace institutionnel tel que façonné et voulu par le régime, ne peut être l’endroit approprié où ils peuvent exposer leurs doléances et revendiquer leurs droits, convaincus que nulles réformes politiques ou sociales ne peuvent venir d’institutions factices issues de la fraude. Cette démarche qui ne vise, rien d’autre, que le maintien du statu quo et la remisse en selle d’un pouvoir illégitime, hégémonique et décrié par tous résonne, déjà, comme une insulte au malheur qui accable le peuple algérien.
Pour des raisons morales, politiques et institutionnelles, le groupe parlementaire RCD ne saurait cautionner par sa participation à une parodie électorale, annoncée en grande pompe, et à ce nouvel asservissement qui achève de discréditer une assemblée légitimement assimilée par le peuple algérien, notamment sa jeunesse, à un groupement de prédateurs insatiables.
Aujourd’hui, c’est à travers la presse, seul espace qui n’est pas totalement verrouillé par le couple DRS-Présidence, que nous avons choisi de s’exprimer pour discuter de notre bilan, alerter sur les périls qui guettent notre nation et réitérer notre détermination à poursuivre le combat pour la réappropriation des institutions par les citoyens et pour le changement en dehors et contre ce système oligarchique et rentier.
Nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions. Merci de nous avoir écoutés.
Alger, le 07/05/2012
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